Sclérose en plaques : Et si l’arrêt du traitement était bénéfique pour les patients ?

L’étude TWINS expliquée par le Professeur Collongues. 

Dans le monde de la sclérose en plaques (SEP), on nous enseigne souvent que le traitement est « à vie ». Pourtant, la recherche progresse et pose aujourd’hui une question audacieuse : chez les patients stables de plus de 55 ans, l’arrêt du traitement pourrait-il en réalité être bénéfique ? 

A l’occasion de la Journée Mondiale contre la Sclérose en Plaques le 30 mai, j’ai rencontré le Professeur Collongues, neurologue et coordinateur national de l’étude TWINS. Aujourd’hui, l’étude implique 22 centres et compte environ 70 inclusions en France. 

Qu’est-ce que la sclérose en plaques (SEP) ? 

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie auto-immune chronique qui touche le système nerveux central (le cerveau et la moelle épinière). Pour faire simple : le système de défense de l’organisme attaque par erreur la myéline, la gaine protectrice qui entoure les nerfs. Cela perturbe la transmission des messages entre le cerveau et le reste du corps, provoquant divers symptômes tels que des troubles visuels, moteurs ou sensoriels. 

Pourquoi envisager d’arrêter le traitement ? 

C’est le cœur même de l’étude TWINS. Avec l’âge, notre système immunitaire vieillit : c’est ce qu’on appelle l’immunosénescence. Chez les patients dont la maladie est stable depuis plus de 5 ans, c’est-à-dire sans poussée et sans nouvelle lésion visible à l’IRM, l’inflammation liée à la SEP a tendance à diminuer naturellement. 

Chez ces patients de bon pronostic et présentant une stabilité d'au moins 5 ans, le rapport bénéfice-risque s’inverse après 55 ans »

Quels sont les bénéfices de l’arrêt du traitement ? 

  • Une meilleure qualité de vie : Arrêt des injections quotidiennes ou de prises de médicaments et de leurs effets secondaires (fatigue et troubles digestifs par exemple). 
  • Une sécurité accrue : Réduction du risque d’infections à long terme associé aux traitements de fond. 
  • Un meilleur équilibre : S’assurer que le traitement ne pèse pas plus lourd sur la vie quotidienne que la maladie elle-même. 

 

Qui est derrière l’étude TWINS ? 

Comme de nombreux essais cliniques, cette étude nécessite une logistique complexe soutenue par une grande équipe de spécialistes. Dans l’étude TWINS, le Pr Collongues intervient en tant que neurologue investigateur principal et coordonne une équipe multidisciplinaire qui gère l’essai. Cette équipe comprend notamment des infirmiers de recherche, des attachés de recherche clinique (ARC) et des techniciens de laboratoire pour analyser les échantillons de sang. 

Ces prélèvements permettent aux chercheurs de mesurer deux biomarqueurs sanguins (sNFL et sGFAP) qui pourraient signaler une reprise de l’activité de la maladie avant même l’apparition de symptômes ou de signes visibles à l’IRM. L’objectif est de vérifier si ces biomarqueurs permettent de mieux anticiper l’évolution de la SEP. En croisant ces analyses de sang avec les IRM et l’état de santé général des patients, les chercheurs espèrent guider les décisions médicales de manière plus précise grâce à un suivi personnalisé, moins invasif et hautement sécurisé. 

Concrètement, comment cela se passe-t-il pour le patient ? 

L’essai TWINS est randomisé et « ouvert ». Cela signifie que les participants sont répartis en deux groupes : l’un poursuit son traitement habituel, tandis que l’autre l’arrête (il n’y a pas de placebo ici). Tout au long de l’étude, la sécurité du patient passe avant tout. Chaque patient bénéficie d’un suivi très serré; tous les 6 mois, les patients effectuent une prise de sang, une IRM et une consultation médicale afin d’évaluer d’éventuels signes cliniques et leur qualité de vie. Par exemple, les cliniciens utilisent l’échelle SEP59 pour évaluer l’impact sur la vie quotidienne : fatigue, douleur, vie sociale, libido… Le but est de voir si l’arrêt du traitement permet aux patients de se sentir « mieux » globalement. 

Au moindre signe clinique ou à l’apparition d’une nouvelle lésion sur l’IRM, le patient sort immédiatement de l’essai et reprend son traitement de fond avec son neurologue habituel. Il s’agit d’une procédure très rapide et réactive. À la fin de l’étude, le patient décide, sur conseil de son neurologue, s’il souhaite ou non reprendre son traitement. 

Un protocole thérapeutique est, avant tout, un message d'espoir. Il est conçu exclusivement dans l'intérêt supérieur du patient"

Participer à une étude comme TWINS, c’est aider la science à comprendre quand le corps peut « reprendre le contrôle ». C’est une révolution tranquille qui place la qualité de vie au centre des soins. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’étude TWINS, suivez ce lien : Evaluation de l’arrêt thérapeutique dans la sclérose en plaques rémittente-récurrente chez les patients stables de 55 ans et plus : une étude multicentrique, randomisée, contrôlée, en ouvert. | Hôpital Beaujon AP-HP 

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